The divine "pop" comedy,

Avant de concevoir la fameuse scène de poursuite dans le champ de maïs pour La Mort aux trousses, Alfred Hitchcock s’est demandé comment, non pas contourner, mais prendre le contre-pied total des clichés liés à ce genre de scène. À l’écoute d’Office Politics, Neil Hannon semble s’être posé la même question à propos des chansons engagées ayant trait au monde du travail. À des années-lumière de la « chanson prolétarienne dénonçant au premier degré les infamies engendrées par le productivisme capitaliste », la tête pensante de The Divine Comedy utilise abondamment l’humour, ou bien – et c’est sa marque de fabrique depuis Liberation en 1993 – un lyrisme pop tiré au cordeau (le crescendo très brélien de When the Working Day Is Gone), parfois écrit sous forme de chronique douce-amère (Norman and Norma avec son refrain poignant contrastant avec des couplets naïfs).

L’humour sarcastique est donc très présent dans Office Politics et prend des formes diverses. Hannon aime jouer du décalage entre musique légère et textes mettant en lumière les injustices flagrantes mais décomplexées de notre époque (Queuejumper). De plus, il ne crache pas sur la parodie. Sur ce dernier point, on appréciera l’ambiance inquiétante façon « film d’espionnage » sur le titre Office Politics, ainsi que les références appuyées au western (guitares) et au film noir (formation de sax, congas, harmonica) dans You’ll Never Work in This Town Again. Et sans aller jusqu’à la parodie, l’album regorge de clins d’œil et hommages à divers compositeurs et courants musicaux, qu’il s’agisse du minimalisme de Philip Glass et Steve Reich dans Philip and Steve’s Furniture Removal Company, de l’électro expérimentale allemande (dans le déroutant diptyque Psychological Evaluation et The Synthesiser Service Center Super Summer Sale), et de tant d’autres (Kurt Weil, Sakamoto, Moroder…). Ces citations à outrance engendrent une distance telle que l’on se demande finalement si celle-ci sert ou dessert le propos dénonciateur de l’album. N’est-ce qu’un vain ricanement ou une véritable charge ? Nous sommes ici au cœur du paradoxe typiquement hannonien. Ce mélange infernal de références et de couleurs musicales fait de ce douzième album de The Divine Comedy un fourre-tout assez joyeux et ludique. Mais il lui donne aussi un aspect assez effrayant, car foncièrement chaotique et absurde, voire (volontairement) incohérent. Comme le monde de l’entreprise en 2019 ? © Nicolas Magenham/Qobuz

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