Dream-pop

Ils sont frère et sœur. Jack et Lily Wolter sont aussi la plume et la voix derrière Penelope Isles, le quatuor de Brighton. Until The Tide Creeps In marque leur premier album, dix titres qui sanctionnent une vision touche à tout, éminemment dream-pop, allant chercher le psychédélisme sur Chlorine, l’émotivité soft-rock avec Three, et le sens du riff dans Leipzig. Mais ce serait trop facile de lister quelques-unes des chansons de l’album, en référençant pour chaque son style approximatif, et de s’en tenir là. Car si les influences sont aussi affirmées que diverses, le résultat lui, dégage une identité tout à fait unique. Est-ce que c’est le fait du timbre presque voilé de la sœur Wolter, ou bien les intentions flirtant entre berceuses enfantines et rébellion adolescente ? Not Talking offre un exemple prégnant de cette dichotomie, lorsque se succèdent sur le fond d’une lente ballade ternaire le gras hurlant d’une guitare fuzz puis des clochettes hypnotiques. Until The Tide Creeps In a le son d’un groupe ayant accepté que la multiplicité des références stylistiques devait avoir son prix. Pas de compromis au programme : les dissonances (au sein des chansons, ainsi qu’en regardant l’ensemble) sont assumées. Ce qui rend encore plus fort les moments explosifs où le quatuor est réellement uni, comme sur Cut Your Hair. L’avant dernier titre de l’album mélange chœurs de pop chambriste et guitares acerbes dans le style de Grizzly Bear, puis laisse l’ensemble envelopper la voix de Wolter dans un ouragan sonique. Le traitement très saturé de la batterie permet des breaks explosifs à la Tame Impala (référence omniprésente sur le reste de l’album), ceux-ci contribuent à en faire l’un des meilleurs titres du disque. Pour beaucoup de groupes, le premier album se veut l’affirmation ultime de l’identité artistique – cohérence du style, de l’exécution, de l’image. La paire Jack et Lily est aux antipodes de cette démarche calculée ; leur mélancolie envoûtante est la structure même de la musique, et tout le reste n’est choisi que pour conforter ce sentiment. Comprenez : Penelope Isles ne vendent pas du rêve, ils n’en sont que le vaisseau. © Alexis Renaudat/Qobuz

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