Persona grata

À quelle chapelle appartient Bertrand Belin ? Le Parisien d’origine bretonne est tellement épris de liberté que rien ne peut véritablement le relier à une famille musicale précise. De la pop folk si l’on veut, mais avec des bouts d’électro, comme l’attestent les basses de Choses nouvelles et autres interventions synthétiques ponctuelles et insolites (CamaradeVertical). Quant aux nappes de cordes qui surgissent avec force mais parcimonie (rappelant parfois celles de Jean-Claude Vannier dans Melody Nelson), elles apportent une petite dose de lyrisme (et d’espoir) à ce paysage atypique, globalement épuré et apparemment désenchanté.

Belin semble vouloir parler avant tout des antihéros, des laissés pour compte et des travailleurs déshumanisés dans cet album, comme l’atteste la (sublime) chanson Glissé redressé: « J’ai glissé/Je n’ai plus de paix de paye de pays/Me donner du pain/M’en faire don. » Mais cette lecture sociale du disque n’est pas si évidente car l’artiste aime entretenir une certaine ambiguïté quant à ses intentions réelles. Il laisse volontiers flotter ses paroles dans un certain flou artistique. Les silences, la lenteur et la suavité de la plupart des morceaux trahissent-ils une peinture dépressive ou, au contraire, un espoir apaisant quant à l’avenir du monde contemporain ? Sans doute les deux à la fois… Quant à la voix de Bertrand Belin, elle s’intègre parfaitement à ce tableau à la fois élégant et mélancolique. On pense parfois à Alain Bashung et Gérard Manset (notamment dans Nuits bleues), même si l’intéressé cite plutôt Bill Callahan. Contrairement à ses deux précédents opus (Parcs et Cap Wallers, enregistrés à Sheffield), Persona est le fruit d’une longue maturation dans le home studio de Belin à Montreuil. Et on imagine en effet qu’il a fallu du temps pour que cette poésie nonsensique et prolétarienne parvienne à éclore et à dévoiler toute sa beauté. ©Nicolas Magenham/Qobuz

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