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Async ... chrone

Pâte sonore & noise en mode slitscan. 

Génial touche à tout aussi à l’aise dans les sphères électroniques qu’en terrain pop, rock, world, new-wave, classique, bossa ou même cinématographique (ses partitions pour Furyo, Le Dernier Empereur, Talons aiguilles et plus récemment The Revenant et Nagasaki: Memories Of My Son ont marqué les esprits), Ryuichi Sakamoto n’a jamais perdu son âme. Son sens aigu de la mélodie et du beau se retrouve dans tous ses travaux, du plus commercial au plus expérimental. Bref, il n’y évidemment pas que le tubesque thème de Furyo dans la vie du compositeur japonais. Un musicien atypique ayant croisé le fer avec des gens aussi divers que David Byrne, Caetano Veloso, David Sylvian, DJ Spooky, Bill Frisell, Brian Wilson, Youssou N’Dour, Robert Wyatt, Iggy Pop, Arto Lindsay, Bill Laswell, Alva Noto, Hector Zazou, Thomas Dolby, Cesária Évora, Amon Tobin, la liste est sans fin. Aussi, un artiste de plus en plus impliqué dans l’avant-garde et l’expérimentation depuis les années 2000… Atteint d’un cancer en 2014, Sakamoto gagne son combat contre la maladie. Un événement qui change logiquement son rapport à la musique et le pousse à retourner en studio pour concevoir un nouvel album solo, ce qu’il n’avait guère fait depuis Out Of Noise, publié en 2009. Alors qu’il travaillait déjà depuis quelques mois à la composition de celui-ci qu’il baptise async, le musicien japonais installé à New York depuis de nombreuses années raconte qu’un « jour d’août, je décidai en secret que cet album serait une bande-originale pour un film imaginaire d’Andreï Tarkovski. » Sakamoto précise s’être inspiré de ses scènes favorites tirées des films du cinéaste russe. Sa musique, composée sur un synthé analogique, rend aussi hommage aux poèmes d’Arseni Tarkovski, le père du réalisateur d’Andreï Roublev, Solaris, Le Miroir, Stalker, Nostalghia et du Sacrifice, que David Sylvian, l’ancien chanteur du groupe Japan avec lequel il a collaboré dans les années 80, lui récite… Ryuichi Sakamoto a également travaillé avec quelques sculptures sonores d’Harry Bertoia, dans un petit musée de Manhattan, et s’est inspiré de sa collection de sons, enregistrés dans des ruines, des jardins, d’éléments naturels comme la pluie, le vent, des rumeurs de foule, le bruit des pas dans des herbes sèches, ou encore des vibrations des trois cordes du shamisen, vieil instrument japonais. La nature mais aussi les hommes font async. Sur Fullmoon, il a par exemple utilisé la voix de l’écrivain Paul Bowles qu’il avait enregistré en 1990 au moment de l’adaptation cinématographique d’Un thé au Sahara qu’en fit Bernardo Bertolucci. Une captation qu’il avait religieusement conservée pour l’utiliser le moment venu… D’autres intervenants, bien vivants eux, participent à ce dense album instrumental. Le guitariste et producteur électro Christian Fennesz, le violoniste Simon James, les percussionnistes Ian Antonio, Levy Lorenzo et Ross Karre, le joueur de shamisen Honjoh Hidejiro et quelques autres apportent leur pierre à un édifice aussi poétique qu’impressionniste (Debussy reste le compositeur préféré de Sakamoto), un disque hors du temps qui dompte également le silence et l’épure, et que son auteur, plutôt humble en général, décrit avec une grande émotion : « Quand mon travail de compositeur fut terminé et qu’il ne me restait plus qu’à mixer et mastériser cet album, une pensée m’est venue : je l’aime trop et ne souhaite le partager avec personne. » Il n’a heureusement pas mis cette idée à exécution… © MZ/Qobuz

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